Il supportait mal le mot « non exécutif ».
Camille s’en amusait.
Il s’approcha d’elle.
— Vous savez que je déteste toujours cette piscine.
Camille sourit.
— Vous n’êtes pas tombé dedans.
— Non, mais elle a accéléré ma retraite.
— Vous appelez ça une retraite ?
— Je travaille seulement quatre jours par semaine.
— C’est bouleversant.
Il rit.
Puis regarda la terrasse.
— Le groupe va mieux.
Camille acquiesça.
Les corrections salariales avaient dépassé trois millions d’euros.
Certaines pratiques avaient été supprimées.
Des managers étaient partis.
D’autres avaient changé.
Le taux de rotation du personnel avait diminué.
Les accidents étaient mieux déclarés.
Ce qui, paradoxalement, avait d’abord fait monter les statistiques.
Un administrateur s’en était inquiété.
Camille avait répondu :
« Une baisse artificielle des chiffres n’est pas une amélioration. C’est une meilleure dissimulation. »
Après un an, les vrais chiffres commencèrent enfin à baisser.
Antoine regarda Camille.
— Vous aviez raison sur une chose.
— Une seule ?
— Ne profitez pas.
Il sourit.
— On ne peut pas gérer ce qu’on oblige les gens à cacher.
Camille hocha la tête.
Puis elle aperçut Victoire.
Robe vert sombre.
Cheveux attachés.
Pas de diamants visibles.
Deux ans plus tôt, elle aurait traversé la terrasse entourée d’amis.
Cette fois, elle arrivait avec Maria Fernandes, ancienne gouvernante générale devenue directrice du nouvel institut.
Après le scandale, Victoire avait disparu des événements mondains pendant plusieurs mois.
Tout le monde pensait qu’Antoine l’avait envoyée à l’étranger.
En réalité, il lui avait simplement coupé l’accès à l’entreprise.
Pas de carte.
Pas de bureau.
Pas de rôle à la fondation.
Si elle voulait revenir, elle devait avoir une fonction réelle.
Victoire avait d’abord été furieuse.
Puis elle avait candidaté à un poste de coordinatrice dans une association partenaire du groupe.
Elle n’avait pas été recrutée.
Pour la première fois de sa vie, son nom n’avait pas suffi.
Elle avait pleuré.
Puis recommencé.
Trois mois plus tard, Maria l’avait engagée sur un contrat de projet.
Pas par gentillesse.
Parce que sa seconde candidature était meilleure.
Victoire découvrit les tableaux Excel.
Les dossiers incomplets.
Les appels à huit heures du matin.
Les candidats qui abandonnaient.
Les budgets.
Les comptes rendus.
Les erreurs qu’il fallait corriger sans pouvoir appeler son père.
Elle détesta les deux premiers mois.
Puis devint utile.
Cela changea davantage Camille que toutes ses excuses.
Victoire approcha.
— Bonsoir.
— Bonsoir.
Antoine embrassa sa fille.
Puis s’éloigna volontairement.
Victoire regarda la piscine.
— On aurait pu mettre la scène de l’autre côté de la villa.
Camille sourit.
— Vous avez peur ?
— Je respecte désormais beaucoup la distance réglementaire autour des bassins.
Camille rit.
Leur relation était devenue étrange.
Pas une amitié complète.
Pas seulement une ancienne hostilité.
Quelque chose entre les deux.
Victoire regarda les invités.
— Maria veut que je prenne la parole.
— Mauvaise idée.
— Merci.
— Vous m’avez demandé mon avis ?
— Non.
Camille sourit.
Puis aperçut une jeune serveuse traverser la terrasse avec un plateau.
Un invité recula immédiatement pour lui laisser de la place.
— Pardon.
— Merci, monsieur.
Rien d’extraordinaire.
Camille suivit la scène du regard.
Victoire aussi.
Elle comprit ce que Camille observait.
— Je remarque ça maintenant.
— Quoi ?
— Les petites choses.
Camille regarda la jeune serveuse s’éloigner.
— Ce sont souvent les plus fiables.
La soirée commença.
Maria monta sur scène.
Pas d’immenses écrans.
Pas de vidéo émotionnelle.
Elle parla des élèves.
Pas des donateurs.